Entretien

Gérald Maillet est actuellement à l’affiche de L’État de siège d’après Albert Camus, une pièce mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota à l’espace Cardin (Paris). Il se livre ici, en toute pudeur sur le métier, son parcours, ses envies …

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Bonjour Gérald Maillet ?

Bonjour.

Vous êtes acteur, on vous voit régulièrement au théâtre, parfois à la télévision mais il vous arrive également de faire du doublage et de la direction d’acteur. Vous avez un parcours plutôt dense pouvez vous nous en dire quelques-mots ?

J’ai commencé en suivant les Cours Raymond Girard et Nicole Merouze, et après je suis entré à la Rue Blanche* à Paris, de 92 à 94. Avec des camarades de promotion nous avons monté Caligula d’Albert Camus, dirigé par Carole Thibault, puis j’ai repris un rôle dans Bent de Martin Shermann, mis en scène par Thierry Lavat, qui d’ailleurs à la reprise en 2002 à reçu le Molière de la meilleure pièce du répertoire.

Après j’ai eu plusieurs opportunités de jouer dans des séries à la télévision, souvent policières, et en 98, j’ai passé une audition pour Emmanuel Demarcy-Mota qui montait Peines d’amour perdues (Shakespeare). Il cherchait son Roi de Navarre. Il m’a choisi.

Et voilà depuis je travaille avec Emmanuel. C’est drôle en parlant je me rends compte que ça fera 20 ans, l’année prochaine. Nous sommes une troupe et c’est avec beaucoup de plaisir que nous nous retrouvons. C’est une  vraie chance.

*aujourd’hui devenu l’ENSATT à Lyon

Vous dîtes que c’est une chance, pourquoi ?

C’est une chance parce que c’est rare en France qu’un metteur en scène soit fidèle à un si grand nombre d’acteurs. Nous sommes un peu comme une grande famille. Ça nous permet, du fait qu’on se connaisse depuis si longtemps, d’aller explorer et de toujours creuser notre jeu d’acteur. On sait le regard des autres bienveillant et ça nous permet d’être ouvert à toutes les propositions et de rebondir. Ça c’est génial pour un acteur.

Il me semble que la troupe est souvent réunie dans le travail de création mais également sur de grosses tournées, en France et à l’étranger ?

Là c’est la cerise sur le gâteau. C’est comme un rêve de gamin qui se réalise, jouer dans les plus grandes salles du monde, de New York à Tokyo, en passant par Paris, Londres, Moscou et j’en passe. C’est quand même extra-ordinaire.

Vous parlez de rêve de gamin, vous avez toujours su que vous vouliez être acteur ?

Non je pensais réaliser des films. Après ma scolarité, j’ai passé un diplôme de photographe, puis je suis rentré dans une école de cinéma où j’ai obtenu un diplôme de réalisateur, mais je n’arrivais pas à trouver de travail dans l’audiovisuel. Du coup je me suis inscrit dans un cours de théâtre en me disant que j’allais apprendre à diriger un acteur et au bout du compte je suis devenu comédien.

Ça peut paraître étrange, mais mes parents m’ont dit qu’à l’âge de 4 ans je leur avais dit que je voulais être acteur. (sourire) Comme quoi !

Vous n’avez pas de regrets ?

Non.

Qu’est ce qui vous plaît dans ce métier ?

Avoir la sensation de vivre plusieurs vies. Et aussi de donner corps aux mots d’un auteur, oui, cette sensation d’être un passeur entre l’auteur et le public. Et hônnetement, c’est tellement passionnant et grisant de donner du plaisir à un public, que je changerais pour rien au monde de métier, de vie.

Si vous deviez donner des conseils à des jeunes passionnés de théâtre qui voudraient en faire leur métier …

Alors premièrement de ne pas s’embarrasser de questionnements sur le « de quoi » sera fait leur futur. Deuxièmement, de foncer et se donner les moyens de réaliser leur rêve, car c’est possible. Et troisièmement d’être un battant. Et surtout lire du théâtre, sortir, aller au théâtre. Être curieux, quoi.

Il vous arrive régulièrement d’intervenir sur des sessions de travail auprès de jeunes futurs acteurs, qu’est-ce qui vous motive dans cet exercice ?

Je dirais, que j’aime partager avec eux mon expérience. J’essaie de leur donner des clés pour qu’ils appréhendent mieux ce métier, qu’ils apprennent à mieux se connaître, à se faire confiance, à prendre conscience de leur singularité. Parce que je crois que ce sont les bases pour un acteur, une actrice. Tout part de soi, et à travers un texte, c’est son énergie, ses émotions, son imaginaire, son corps qui nous racontent l’histoire d’un personnage, d’un caractère. Et bien sûr, les techniques élémentaires, la diction, la voix, la respiration et l’écoute.

Je leur dis souvent qu’il ne suffit pas de pousser la porte d’un cours pour espérer devenir comédien/comédienne. Ce sont de jeunes adultes et nous les prenons comme tel. Il faut donner de sa personne. La qualité d’un cours, c’est 50/50, il y a l’attention et la pédagogie du professeur, mais aussi l’investissement de l’élève. Si cela n’est pas réuni, l’enseignement ne peut être abouti.

Mais ça, ils le comprennent et c’est tellement agréable de voir un élève progresser, de sentir qu’il s’épanouit. C’est ça qui me motive. J’aime tellement faire mon métier que j’ai envie, même si tout le monde ne pourra pas atteindre son rêve, qu’ils touchent au moins du doigt la plénitude d’être là devant un public et de le sentir pendu à vos lèvres. Je ne connais pas de meilleure sensation, mis à part peut-être dans le sport.

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Vous connaissez notre formation pour y être venu plusieurs fois et pour avoir  participé à l’élaboration de sa structure pédagogique. Si vous deviez dire quelques mots sur la formation, que diriez-vous?

Ce que j’aime dans L’ÉCOLE, et dans la ligne pédagogique mise en place depuis 4 ans je crois, par Coralie Trichard et les autres professeurs, c’est que l’élève est au centre du projet. Il n’y a pas de méthode mise en avant. Tous les professeurs ont leur parcours et leur façon de travailler. Ils sont en activité, donc au plus près des réalités actuelles du métier. Et ce qui me plait, c’est l’ouverture que ça offre.  Ça permet à l’élève de se fabriquer sa propre méthode de travail et de préciser vers ce à quoi il aspire. Ce qui nous intéresse, c’est sa singularité, ses envies. Nos différences deviennent complémentaires et ne sont pas en concurrences, bien au contraire. Cet esprit bienveillant, artisanal, voir familial, permet à l’élève de repousser ses limites et le fait que le nombre d’élèves soit limité à quinze par classe, nous permet un travail plus intense et adapté à chacun. Je crois aussi que cette école propose un enseignement sérieux et un rapport honnête avec les élèves.

Si je peux me permettre, j’aimerais ajouter une petite précision.

Je respecte les écoles qui mettent en avant une méthode. D’ailleurs Coralie Trichard ne souhaite pas entrer dans une compétition entre formation lyonnaise. Et je la soutiens dans ce discours.

Il ne doit pas y avoir de petites guerres entre les différentes écoles de théâtre lyonnaise. Au contraire, nous avons la chance d’avoir deux grandes écoles nationales à proximité, l’ENSATT et la Comédie de Saint-Etienne et nous devrions nous concentrer sur nos élèves pour qu’ils puissent espérer entrer dans ces écoles. Il y a une réalité économique certes, mais la concurrence doit s’arrêter là.

Nous pourrions peut-être même nous entraider. De plus en plus de jeunes veulent tenter l’aventure. Nous avons la chance d’être dans une région où la culture est bien représentée. Nous avons plusieurs théâtres subventionnés, des théâtres privés, des cafés-théâtres, même une école de cinéma, et à ce jour de plus en plus de films et séries sont tournés ici. Nous n’avons rien à envier à Paris, alors faisons la promotion de nos futurs talents. Je suis sûr qu’il en sortira quelque chose de bon et bénéfique pour tout le monde.

Et nous que peut-on vous souhaiter de bon pour le futur ?

Encore plus de projets et de personnages à interpréter. Et que ça dure encore très longtemps…

Nous terminons cet entretien par une  vidéo qui parle de votre actualité du moment. Merci pour ce moment de partage, et belle continuation à vous.

https://tinyurl.com/znu9f5b

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